Bonjour à tous (13 mai 2006)

Je suis la maman d'une anorexique mentale.

Tout à commencé en septembre 2004 par un régime (ma fille à 14 ans 1/2 à l'époque), suite à une réflexion reçue en sport à l'école en faisant une pyramide humaine, " t'es lourde !". (mais le mal-être est déjà là depuis quelques mois)
Christelle se veut faire attention et suit mon conseil : de manger une pomme en rentrant du bus à 17h45 et t'attendre 19 h 30 pour le reps du soir, plutôt que de manger n'importe quoi à 17h45.
Elle suit mon conseil ! Mais à la cantine aussi : 1 pomme !
C'est la chute libre. Avec la mode du " baggui " pantalon large, je vois rien, juste que Christelle est entrée dans une euphorie totale ! Elle est gaie, agréable, avec mon mari on se réjouit ! La période ado est finie ! Elle fait beaucoup de sport, arrive à faire le "grand écart" !
Mais en novembre 04, je commence à me poser des questions. Elle chipote de plus en plus dans son assiette," j'ai pas faim, j'ai mangé tout à l'heure ".
Le 5 décembre, je suis persuadée que c'est de l'anorexie, j'ameute tout le monde: médecin, père, et tout le monde me prend pour une folle !
Christelle est à - 15 kilos en début janvier. Mais comme elle est à un poids " normal " on me dit de ne pas s'inquiéter. !!!! (merci le corps médical !)!!!!
Elle descend toujours, à la maison c'est l'enfer. Les repas et la préparation de ceux-ci sont dignes d'un film dramatique ! Je suis tellement à bout de me sentir impuissante face à cette folie. Que je me mets à faire voler les plaquettes de margarine, la viande, la poêle à frire par la
fenêtre !
Je passe un temps fou sur le net, avec des mamans, des malades ....
On voit des médecins, des psys, je fais confiance, trop ! et elle est hospitalisée à remis le 1er mars 2005 (- 20 kilos). Elle y reste 5 mois dont 3 1/2 en isolement. Elle est à - 26 kilos !).
Je me bats avec les toubibs pour qu'elle soit transférée à Nancy ou à Paris à la maison de Solenn. Ils ne veulent pas; on va y arriver ! Et on me menace de me mettre au tribunal, qu'il faut du temps, il faut que je leur fasse confiance ! J'ai peur que l'on m'enlève la garde provisoirement !
Je deviens intraitable ! ingérable, " chiante " hargneuse. Mais je veux malgré tout garder ma dignité et je ne veux pas me montrer sous le jour de quelqu'un que je ne suis pas, Donc j'essaye de me maîtriser au maximum pour que les toubibs aillent dans mon sens.

 Mais ils ne connaissent pas la maladie à Reims ! Donc je me plante ! et je passe quand même pour une dépressive dingue !

(Merci aussi au père biologique de ma fille qui m'a descendue !).

On me promet que Christelle sera transférée à "ce nouveau centre qui vient d'ouvrir à Reims», mais pour cela on m'impose à nouveau l'isolement ! Je suis obligée d'accepter.

Donc 24 juillet c'est le transfère et la chute libre ! Car il n'y a plus de risque de sonde donc, elle descend - 30 kilos !
Un soir de début août c'est les urgences, la réanimation, la sonde gastrique! On me dit que si elle s'était endormie cette nuit là, elle ne se réveillait pas. On m'interdit d'y aller, de respecter l'isolement. Là encore, pour le bien de Christelle, j'y vais pas.


Et je regretterais jusqu'à la fin de mes jours de ne pas avoir été la voir.
Nous avons vu la chef de service, d'emblée elle ne me plait pas !. Je la trouve " inhumaine ". Je ne m’étais pas trompée !
Christelle vit un enfer, elle n'a pas le droit de parler aux autres jeunes, On lui augmente les doses de la sonde, on lui fait prendre 6 kilos en 18 jours. On l'appelle " la manipulatrice ", " la menteuse" " la tricheuse", Pas une seule fois on ne l'appelle par son prénom.
Des personnes me téléphonent pour me dire de sortir ma fille de " là-dedans " ! Qu'elle pleure toute la journée. J'y vais pas.
Par contre un jour je les menace de rester devant l'hôpital avec une pancarte s'il ne la pèse pas le jour même pour la transférer comme convenu dans ce nouveau centre.
Ils l'ont tellement bien gavée, que Christelle se retrouve au poids de
visite !
Et là elle me raconte son enfer.
On allait même jusqu'à l'obliger à faire ses besoins dans un seau le jour de la pesée devant l'infirmière !
Malgré tout, je dis qu'ils ont eu raison, je ne veux pas aller dans le sens de l'ano.
Mais j'interdis que Christelle soit transférée là-bas par la suite. Une semaine plus tard, c'est re-les urgences ! en cardiologie, elle revient et repart aux urgences deux jours plus tard. Là on lui dit que soit elle mange, ou la sonde. Elle mange.
Là je vais la voir, tant pis pour l'isolement ! Et j'ai eu raison.
J'arrive à temps, car on la force à manger, manger,

Qu'est-ce qui connaisse
à l'anorexie aux urgences ? Je tombe en arrivant sur une stagiaire qui veut lui faire manger deux préparations hyper protéinées à 15 h !
Alors que ma fille à mangé tout le plateau le midi, qu'elle a terminé à 12h45! Je leur dis que c'est un peu exagéré ! Où va-t-elle trouver la place pour mettre cela ? Il n'y a plus d'estomac !
Christelle aurait vomit ce jour là ! Et l'enfer deviendrait pire !
Dans l'après midi, ma fille repart dans le premier hosto. Elle y reste 3 semaines, en isolement ! (mais elle sait prendre la poudre d'escampette et me téléphoner le soir !!!) Christelle mange, car sinon c'est la sonde.
Ils veulent remette Christelle dans le nouveau centre. Mais là-bas il n'y a pas la menace de la sonde, puisqu'ils ne peuvent pas.
Donc je sors Christelle de l'hôpital contre avis médical le 28 septembre 2005.
La nouvelle structure veut reprendre Christelle, je refuse car je sais que 8 jours plus tard se sera encore les urgences.
On me menace encore, je dis allez y, le juge m'entendra peut être ! On me  laisse tranquille, mais on m'oblige "à montrer" Christelle toutes les semaines. Ca je suis d'accord.
Mais les RDV avec d'autres structures c'est toujours impossible ! On me dit que c'est à l'hôpital de faire la démarche.
Alors je menace de livrer notre histoire au média pour être accepté en consultation dans les autres départements (nous sommes à + de 200 kilomètres de Paris et de Nancy).
Le nécessaire est enfin fait ! La maison de Solenn le 17 décembre 2005, la psy trouve que Christelle est super bien suivi : (je fais le taxi entres les Rdv chez deux psy différents, l'endocrino et médecin traitant, inutile de vous dire que j'ai plus de vie !);
La psy pense qu'on peut y arriver et me dit que l'hospitalisation ne sera pas avant juin 2006; Le 2 janvier 2006 consultation à Nancy.
Christelle s'enfonce toujours plus, malgré les deux kilo qu'elle à pris à la maison en octobre/novembre par obligation.
A Nancy, ils veulent lui donner sa chance de monter toute seule, de reprendre l'école pendant 15 jours pour voir ... (elle n'a pas été à l'école depuis fin février 2005).


Rien n'y fait. Christelle est au seuil danger depuis trop longtemps, elle est hospitalisée de force le 30 janvier 2006. L'équipe est formidable, mais Christelle reste fermée.
Elle ne veut pas d'eux, pas de l'hospitalisation, pas de kilos.
Au bout de 3 semaines, elle fugue, les gendarmes la ramènent à l'hôpital, car je ne cède pas de la reprendre à la maison.
Elle reste en isolement 3 mois. Je suis d'accord avec cet isolement là.

Christelle évolue, mais reste fermée.
Les toubibs décident un coup de fou ! De faire sortir Christelle fin avril ! Mais le contrat reste inchangé, elle doit continuer de monter et de ne surtout pas perdre. Sinon c'est le retour à L'hosto.

Je sais que ma fille va encore galérer !
Et depuis 15 jours qu'elle est rentrée, on se rend compte qu'il n'y a pas grand chose de changé dans l'assiette !
Mais les efforts sont là pour aller à l'école, manger à la cantine, et surtout laisser mes " gamelles " tranquilles !

Ce que je veux surtout dire aujourd'hui, c'est qu'il faut agir vite.
Si les psys et nutritionnistes ne peuvent pas aider vos enfants ou vous même. Il ne faut pas hésiter à hospitaliser.
Mais surtout dans des structures adaptées. Surtout choisir son établissement et se renseigner avant.

Ce qui me fait " plaisir " c'est d'avoir appris que Nancy allait descendre dans cette nouvelle structure à Reims pour leur montrer leur mode de fonctionnement avec les TCA. Donc je n'aurai pas " braillé " pour rien.

Si c'était à refaire, je sortirais Christelle fin avril 2005 de l'hôpital et je l'emmènerais aux urgences de Nancy ! Car si cela avait été fait, nous en serions peut-être pas là aujourd'hui : avec une jeune fille qui à passer 10 mois à l'hôpital et qui a raté ses deux années de troisième à l'école.
On fait quoi à la rentrée ?


Vous les petites " pépettes " du forum qui débutez dans la maladie, vous débutez dans l'enfer, essayez de descendre de ce taxi à grande vitesse !
Vous allez vous faire mal, c'est sûr ! Mais se sera quelques souffrances, des petits bobos, un petit pansement, comparé à ce qui vous attend dans un ou deux ans de galère ....
N'hésitez pas à parler à votre médecin traitant, à vos parents, grands parents, du mal qui vous envahit ... trouvez de l'aide avant de vous enfoncer davantage.

J'ai été longue, mais je voudrais que vous ne viviez pas la même chose.

Alors surtout ne laissez pas vos enfants dans ce mur de souffrance et de solitude, battez vous pour eux et surtout pour vous aussi ! car moins on est de mois dans cette crotte, mieux c'est !

Courage à vous