Ma fille Julie est boulimique depuis l’âge de 16 ans, elle a à présent 26 ans et se bat quotidiennement contre cette maladie, contre une autre addiction et surtout contre le regard des autres et le manque cruel en matière de thérapie adaptée en France. 

Nous nous sommes rendus compte trop tard de sa souffrance, une boulimique ou une anorexique peut cacher très longtemps son état à ses proches. De  là découle une incroyable et insoutenable culpabilité qui détruit la vie de la malade et notre vie à nous ses parents mais aussi celle de tous les gens qui nous aiment et qui ont aimé notre fille. 

Nous avons essayé les établissements dits spécialisés mais nous nous aperçus que notre fille faisait en fait des stages dans des asiles d’aliénés. Je trouve lamentable que cette maladie ne soit pas soignée en médecine générale.

Nous nous sommes aussi tournés vers des ténors de la pédopsychiatrie ; là, grande désillusion puisque, même ceux qui sont très médiatisés n’ont aucune solution et refusent les boulimiques âgés de plus de 18 ans.

Passés les 18 ans, il ne reste les cliniques psychiatriques où nos filles sont confrontées à des  personnes ayant souvent de très lourdes pathologies ; on m’a même dit au téléphone que puisque ma fille était majeure, son problème ne me regardait plus.

Un jour, désespérée, j’ai envoyé des « bouteilles à la mer ». Une seule personne m’a répondu ; c’était Jacqueline, de l’association Partage et Ecoute.

Je suis allée la rencontrer à Paris et je ne la remercierais jamais assez pour l’accueil plein d’amour et de compassion qu’elle m’a offert. 

Depuis, ma fille est toujours malade mais elle se bat, moi, j’ai une écoute et des conseils et surtout j’ai découvert des gens fabuleux, malades ou pas qui se mobilisent  pour un  combat contre cette maladie dont on parle peu mais qui est pourtant en recrudescence dans notre pays.

 

Horrifiée par les chiffres (entre 8 et 10% des femmes,  pour celles qui l’avouent, connaissent ce trouble !!) j’ai décidé de monter une antenne de Partage et Ecoute à Allauch près de Marseille. La mairie m’a fait un accueil magnifique et j’ai été étonnée de constater que dans mon entourage il y avait autant de personnes concernées.

 

La boulimie et l’anorexie ne sont que l’expression d’un profond mal-être qui peut être dû à des causes très différentes : le regard des autres, le sentiment de ne pas être aimé, le deuil, le viol etc.…..

 

La société impitoyable rejette les femmes qui ne rentrent pas dans un moule bien défini par les médias. Les filles qui n’ont pas confiance en elles, pour se sentir aimées, veulent rentrer dans ce moule, elles doivent donc imposer à leur corps un traitement drastique qui les fait peu à peu tomber dans la dépendance.

 

Hier je parlais à une danseuse professionnelle très mince (trop mince !) qui me disait avoir à perdre encore trois kilos pour pouvoir être sélectionnée ; elle m’a avoué que beaucoup de danseuses « se faisaient vomir » pour pouvoir correspondre aux critères imposés.

 

 

Je veux me battre et je pense qu’il faut s’unir pour aider nos enfants à se débarrasser de leur  fardeau.

 

Il faut qu’on réhabilite nos filles (et garçons 1 cas sur 10) en souffrance et qu’on ne parle plus de l’anorexie ou de la boulimie à voix basse avec un sentiment de honte et de culpabilité. 

 

Si nos enfants se sentent aimés pour ce qu’ils sont et acceptés, si nous parents repoussons ce sentiment de culpabilité qui nous ronge, peut être qu’on pourra repousser cette maladie, en redonnant confiance à nos enfants.